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Radenamias

Vers un système de surveillance sanitaire et technologique de l’eau dans le golfe de Guinée

Emeric Kochoni1, Raphael Edou2

1 Scientifique de l’environnement ; spécialiste de la qualité de l’eau et de l’écotoxicologie aquatique ; praticien en science des données environnementales.
2 Ancien ministre de l’Environnement, du Changement climatique et des Ressources naturelles (Bénin) ; PDG, Radenamias LLC ; PDG, Global Tech for Human Security LLC.

Résumé

En Afrique subsaharienne, l’eau ne peut plus être réduite à la seule question de l’accès. Dans un contexte marqué par l’urbanisation rapide, l’intensification agricole, la pression industrielle, la gestion inadéquate des déchets et les effets croissants du changement climatique, la qualité sanitaire de l’eau devient un déterminant majeur de la santé publique, de la sécurité alimentaire et de la résilience environnementale. Cet article analyse la dégradation des ressources en eau dans le golfe de Guinée, en mettant particulièrement l’accent sur le Bénin et le Togo, deux pays où les eaux de surface, les aquifères peu profonds, les lagunes et les zones côtières sont exposés à des contaminations microbiologiques, chimiques et métalliques. L’analyse met en lumière le rôle de l’eau comme vecteur qui transfère les polluants des bassins versants vers les milieux lagunaires et côtiers, ainsi que les impacts sanitaires, économiques et écologiques associés — notamment les maladies hydriques, la mortalité évitable, la dégradation des pêcheries et les pertes de productivité. Face aux limites des systèmes de surveillance conventionnels, souvent fragmentés, centralisés et lents à réagir, l’article propose une transition vers une surveillance sanitaire de l’eau fondée sur les Plans de sécurité sanitaire de l’eau, les tests rapides de terrain, les laboratoires de confirmation, les systèmes d’information géographique, les tableaux de bord numériques et les mécanismes d’alerte communautaire. Enfin, il présente l’initiative opérationnelle « Alerte rouge sur l’état de l’eau » portée par Radenamias LLC comme un modèle pilote conçu pour transformer les données de terrain en outils d’aide à la décision publique. L’objectif est de promouvoir une gouvernance de l’eau préventive, territorialisée et intelligente, capable de mieux protéger les populations, les écosystèmes et les économies locales du golfe de Guinée.

1. Introduction

Essentielle à la vie, à la santé publique, à l’agriculture et à l’économie, l’eau agit comme un vecteur universel : sa mobilité et son pouvoir dissolvant lui permettent de transporter aussi bien les nutriments que les contaminants microbiologiques, chimiques et métalliques générés par les activités humaines. La qualité de l’eau n’est donc pas un aspect secondaire de l’accès : elle en est la condition sanitaire, économique et environnementale fondatrice (UN-Water, 2023 ; UNEP, 2016 ; Schwarzenbach et al., 2006).

Malgré les progrès observés dans l’accès aux services de base, le paradoxe demeure particulièrement prononcé en Afrique subsaharienne : l’eau peut être disponible sans être sûre. Les dernières données du JMP 2000-2024 indiquent qu’environ 2,1 milliards de personnes dans le monde ne disposent toujours pas d’un service d’eau potable géré en toute sécurité, tandis que les inégalités régionales restent profondes (WHO/UNICEF, 2025). Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, l’urbanisation rapide, l’intensification agricole, la gestion inadéquate des déchets et les rejets industriels submergent les infrastructures d’assainissement, favorisant la contamination des aquifères et des écosystèmes aquatiques (Damania et al., 2019 ; UNEP, 2016 ; Lapworth et al., 2017a).

Le golfe de Guinée, entendu ici comme l’espace côtier et hydrographique englobant le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire, illustre ces tensions. La forte densité côtière, la dépendance aux eaux souterraines peu profondes, les systèmes lagunaires récepteurs et la concentration des activités portuaires, agricoles et urbaines y accentuent toutes la vulnérabilité sanitaire, en particulier à la contamination fécale, aux pesticides, aux hydrocarbures et aux métaux lourds (Affian et al., 2009 ; UNEP, 2016 ; Lapworth et al., 2017a).

L’enjeu dépasse donc la simple fourniture d’eau. Il s’agit de garantir la sécurité sanitaire de la ressource au moyen d’une approche préventive, territorialisée et opérationnelle. Cet article analyse les dynamiques qui affectent les ressources en eau en Afrique et dans le golfe de Guinée, avec un accent sur le Bénin et le Togo, afin de proposer une trajectoire de surveillance sanitaire ancrée dans les données, les tests rapides, la cartographie des risques et l’intelligence environnementale.

2. Diagnostic continental : l’eau comme miroir des pressions anthropiques

2.1 D’une crise de l’accès à une crise de la qualité

Les politiques publiques ont longtemps privilégié la multiplication des points d’eau, ce qui demeure essentiel. Cependant, la sécurité sanitaire constitue désormais le défi central. Un système d’approvisionnement en eau peut être fonctionnel tout en fournissant une eau exposée à des risques microbiologiques ou chimiques — en particulier lorsque l’ouvrage est mal protégé, situé à proximité de latrines, affecté par les inondations ou raccordé à des réseaux vieillissants. Cette situation transforme la crise de l’eau en une crise de la qualité, souvent moins visible mais plus directement liée à la morbidité, à la mortalité évitable et aux pertes de productivité (Damania et al., 2019 ; Prüss-Ustün et al., 2019).

La recrudescence récente des épidémies de choléra en Afrique rappelle cette fragilité : les bulletins régionaux de l’OMS et d’Africa CDC montrent une résurgence des cas dans plusieurs pays africains depuis 2022, sur fond de vulnérabilité WASH, de mobilité humaine et d’événements climatiques extrêmes. Cette dynamique confirme que la surveillance de la qualité de l’eau doit être intégrée aux systèmes d’alerte sanitaire plutôt que traitée comme une activité technique isolée (WHO AFRO, 2024 ; Africa CDC, 2025).

2.2 Principales sources de contamination

La dégradation de la ressource résulte d’un ensemble de pressions anthropiques qui se renforcent mutuellement :

2.3 Le défi de la surveillance opérationnelle

Malgré l’identification des sources de pollution, la surveillance reste le maillon faible. Les systèmes existants sont souvent fragmentés, dépendants de laboratoires centralisés, irréguliers dans le temps et faiblement connectés aux systèmes de décision. Or, un prélèvement ponctuel effectué trop tard ne peut ni prévenir une flambée épidémique, ni identifier rapidement un point de contamination, ni prioriser les interventions dans les quartiers à risque (UNEP, 2021 ; WHO, 2017, 2023).

Le défi actuel n’est donc plus seulement d’observer la pollution, mais de passer d’un diagnostic ponctuel à une surveillance sanitaire réactive. Cela suppose des protocoles simples, des indicateurs prioritaires, des kits de terrain, des laboratoires de confirmation, des systèmes d’information géographique et des mécanismes d’alerte communautaire. Ce besoin est particulièrement aigu dans le golfe de Guinée, un espace où convergent tensions démographiques, pressions économiques et vulnérabilités hydrologiques.

3. Le golfe de Guinée : un espace hydrologique sous pression

3.1 Une région marquée par la concentration des activités

Le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo partagent des caractéristiques socio-économiques qui accentuent la vulnérabilité de leurs ressources en eau : urbanisation côtière rapide, densification des conurbations littorales, poids économique des ports, développement des corridors routiers, expansion agricole et pression sur des systèmes d’assainissement souvent sous-dimensionnés. Les villes d’Accra, d’Abidjan, de Lomé et de Cotonou illustrent cette concentration des populations et des activités dans des zones hydrologiquement sensibles (United Nations DESA, 2022 ; OECD/SWAC, 2020).

Les grands bassins versants — notamment la Volta, le Mono et l’Ouémé — drainent ces territoires transformés par l’homme et transportent les rejets domestiques, agricoles et industriels vers la côte (Figure 1). L’eau y joue pleinement son rôle de vecteur : elle relie les pratiques de l’arrière-pays aux écosystèmes côtiers, puis aux communautés dépendantes de la pêche, de l’agriculture urbaine, du maraîchage et des usages domestiques.

Figure 1. Principaux bassins hydrographiques du golfe de Guinée.

La carte (Figure 1) illustre la connectivité entre les réseaux fluviaux, les zones humides, les lagunes et les littoraux, montrant comment les contaminants peuvent converger vers les zones côtières.

3.2 Les lagunes comme réceptacles finaux de la pollution

Interfaces stratégiques entre terre et mer, les systèmes lagunaires agissent comme des réceptacles d’accumulation. En raison de leur faible renouvellement hydrodynamique, de la sédimentation fine et de leur proximité avec les zones urbanisées, ces milieux concentrent les métaux lourds, les hydrocarbures, les nutriments et les polluants organiques dans l’eau, les sédiments et parfois les organismes aquatiques. Les travaux sur la lagune Ébrié en Côte d’Ivoire ont ainsi révélé la présence de métaux lourds et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques dans les sédiments (Affian et al., 2009).

Cette accumulation engendre des risques écotoxicologiques durables pour la biodiversité, ainsi que des risques sanitaires et économiques pour les populations locales. Dans les économies côtières, la dégradation des lagunes affecte la pêche artisanale, l’aquaculture, le tourisme, la valeur foncière et la sécurité alimentaire.

3.3 Pressions environnementales cumulatives

La dégradation de la qualité de l’eau résulte d’une synergie de pressions au sein des bassins versants :

Ces impacts cumulés font des rivières et des lagunes des espaces qui intègrent la pollution régionale. La surveillance ne peut donc plus être ponctuelle ; elle exige une approche intégrée reliant les dynamiques amont aux impacts aval. Le Bénin et le Togo illustrent clairement ces enjeux de sécurité sanitaire au sein de ce complexe hydrologique.

4. Focus sur le Bénin et le Togo : des vulnérabilités spécifiques

4.1 Bénin : la dépendance aux eaux peu profondes

Au Bénin, la vulnérabilité hydrique est liée à une forte dépendance à l’égard de points d’eau décentralisés et mal protégés, notamment les puits domestiques, les forages peu profonds, les bras morts et certaines sources naturelles. Les sources compilées dans le projet indiquent que 14,7 % de la population dépend encore directement d’eaux naturelles non traitées pour la boisson, ce qui accroît l’exposition aux germes fécaux et aux contaminants diffus.

Les études disponibles sur Cotonou, Abomey-Calavi et certaines zones périurbaines documentent la vulnérabilité des puits à la contamination microbiologique, surtout lorsque les latrines, les fosses septiques et les dépotoirs sont proches des points d’eau. Dans le Sud-Ouest, les sources du projet signalent également de fortes disparités d’accès : à Aplahoué, seuls 37,4 % des habitants auraient accès à une eau potable sûre.

Parallèlement, le lac Nokoué, la lagune de Cotonou et les systèmes connexes reçoivent des flux urbains, des déchets solides, des eaux usées, des vidanges informelles de latrines et des apports sédimentaires. Les notes techniques du projet rapportent qu’environ 83,5 % des déchets solides ne sont pas gérés de manière optimale, créant une pression continue sur les milieux récepteurs. À ces apports s’ajoute la pollution agricole : dans le bassin de l’Ouémé et les zones cotonnières, le ruissellement de nitrates, de phosphates, de sulfates, de pesticides et de métaux peut affecter les aquifères et les cours d’eau.

4.2 Togo : pression urbaine et vulnérabilité côtière

Au Togo, la pression hydrique combine l’expansion rapide du Grand Lomé, la densification des quartiers périphériques, la vulnérabilité côtière et les effets saisonniers des inondations. Ces épisodes favorisent le transfert de matières fécales, d’eaux usées et de résidus urbains vers les puits, les aquifères peu profonds et les lagunes.

Les sources du projet mettent en évidence des signaux préoccupants : dans certains bassins versants comme le Didagou à Dapaong, 100 % des échantillons analysés en saison des pluies contiendraient des germes indicateurs de pollution fécale. Dans la Région Maritime, plus de 30 % de la population dépendrait encore de sources non améliorées, tandis qu’à Adakpamé, 52,9 % des latrines privées ne respecteraient pas la distance minimale de sécurité de 15 mètres par rapport aux puits d’eau potable.

La pollution chimique s’ajoute au risque microbiologique. Les sources disponibles pointent des rejets liés aux phosphates, aux hydrocarbures et aux déchets maritimes au large de Lomé, ainsi que les effets des crues du fleuve Oti au Nord. Malgré les efforts publics, environ 43 % de la population togolaise manquerait encore d’infrastructures d’approvisionnement sûres, ce qui justifie une surveillance renforcée en saison des pluies et dans les zones côtières densément peuplées.

4.3 Indicateurs quantifiés retenus sur la pollution de l’eau et ses impacts

Les chiffres ci-dessous ne prétendent pas constituer une base statistique exhaustive ; ils servent plutôt de repères opérationnels pour prioriser les risques et orienter une surveillance ciblée. Ils montrent que la pollution de l’eau ne se limite pas à une question environnementale : elle se traduit en consultations médicales, en décès évitables, en pertes économiques, en impacts sur la pêche et en pression accrue sur les ménages.

Le Tableau 1 ci-dessous résume les vulnérabilités prioritaires à prendre en compte dans un système de surveillance sanitaire.

Tableau 1. Vulnérabilités hydriques prioritaires au Bénin et au Togo (d’après Damania et al., 2019 ; WHO, 2017, 2023 ; WHO/UNICEF, 2025 ; World Bank/WSP, 2012)*.

Indicateur quantifié Pays / zone Valeur rapportée Portée pour l’action
Dépendance aux eaux naturelles non traitées Bénin 14,7 % de la population Prioriser la protection des sources et la désinfection au point d’usage.
Gestion sous-optimale des déchets solides Bénin 83,5 % Réduire les apports de déchets, de lixiviats et de boues vers les lagunes.
Décès liés aux maladies diarrhéiques Bénin ≈ 7 000/an, dont ≈ 4 300 enfants de moins de 5 ans Renforcer la prévention WASH, la surveillance microbiologique et les alertes communautaires.
Coût économique de la mauvaise qualité de l’eau Bénin ≈ 52 milliards FCFA/an Argument économique fort pour financer la surveillance et l’assainissement.
Échantillons avec indicateurs de pollution fécale en saison des pluies Togo, Didagou-Dapaong 100 % des échantillons rapportés Instaurer une surveillance saisonnière post-pluies et la protection des puits/barrages.
Latrines ne respectant pas la distance de 15 m des puits Togo, Adakpamé 52,9 % Cartographier les risques latrines-puits et réhabiliter les ouvrages prioritaires.
Population dépendante de sources non améliorées Togo, Région Maritime > 30 % Cibler le Grand Lomé, les zones lagunaires et les périphéries urbaines.
Population sans infrastructure d’approvisionnement sûre Togo ≈ 43 % Justifier des investissements combinant accès, qualité et surveillance.

*Source : ce tableau est une synthèse compilée à partir des données WHO/UNICEF-JMP sur l’eau et l’assainissement, du rapport World Bank/WSP sur les impacts économiques du mauvais assainissement au Bénin, ainsi que d’études locales et de rapports sanitaires concernant le lac Nokoué, le bassin de l’Ouémé, la Région Maritime du Togo, Adakpamé et le bassin de l’Oti.

L’analyse du diagnostic continental et du cas spécifique du golfe de Guinée montre que l’eau, en tant que vecteur, relie les activités humaines à la santé des populations et des écosystèmes. Pour que l’eau demeure une source de vie au Bénin et au Togo, la gestion doit évoluer d’une logique d’accès vers une stratégie de surveillance sanitaire active. L’intégration de données de surveillance régulières — voire en quasi temps réel pour certains paramètres — devient un levier central pour transformer ce diagnostic en outils d’aide à la décision publique.

5. Vers une stratégie de surveillance sanitaire de l’eau

5.1 Du curatif au préventif : les Plans de sécurité sanitaire de l’eau

Face à une pollution croissante, la gestion de l’eau doit dépasser le simple déploiement d’infrastructures pour intégrer une sécurité sanitaire durable. L’OMS recommande d’adopter les Plans de sécurité sanitaire de l’eau (PSSE) comme une approche proactive d’évaluation et de maîtrise des risques, du bassin versant au point de consommation (WHO, 2017, 2023). L’objectif est de remplacer la réaction de crise par une gestion préventive, documentée et continuellement améliorée.

Dans le contexte du golfe de Guinée, cette approche doit être adaptée aux réalités locales : la multiplicité des petits réseaux, l’usage de puits privés, l’informalité de l’assainissement, la saisonnalité des pluies, la mobilité des populations, les contraintes budgétaires et la dispersion des responsabilités institutionnelles. Un PSSE efficace doit donc combiner protocoles simples, indicateurs prioritaires, remontée rapide de l’information et capacité d’intervention locale.

5.2 L’apport des outils de diagnostic rapide

Dans les contextes à ressources limitées, où les analyses de laboratoire conventionnelles sont coûteuses, lentes ou géographiquement éloignées, les kits de détection rapide constituent un levier stratégique. Ils permettent de caractériser sur le terrain les indicateurs de contamination fécale (E. coli, coliformes), les paramètres physico-chimiques de base (pH, conductivité, turbidité), les nutriments (nitrates, phosphates) et certains contaminants chimiques prioritaires (arsenic, plomb, hydrocarbures, selon les kits disponibles).

5.3 Vers une gouvernance fondée sur l’intelligence environnementale

L’intégration de ces outils dans un système structuré de surveillance sanitaire permet la diffusion rapide d’alertes aux autorités, aux opérateurs d’eau et aux communautés. Au-delà du diagnostic, cette approche transforme les données en outil de décision publique : elle permet de prioriser les quartiers, de cibler les interventions, de documenter les responsabilités, de suivre les effets des mesures correctives et de renforcer la transparence.

Pour les pays du golfe de Guinée, ce basculement vers une surveillance agile est une étape décisive pour concilier santé publique, sécurité alimentaire, résilience climatique et développement économique. Il exige néanmoins une gouvernance claire : définition des indicateurs, fréquence des mesures, rôles institutionnels, financement, certification des données, accès public aux alertes et articulation avec les plans nationaux d’eau, d’assainissement et de santé.

6. Outils de diagnostic rapide et surveillance opérationnelle

Face aux limites des laboratoires conventionnels, les kits de tests rapides et les laboratoires mobiles constituent une alternative stratégique pour une surveillance de première ligne dans le golfe de Guinée. Les catégories suivantes peuvent être intégrées progressivement :

L’intégration de ces outils dans des systèmes numériques marque le passage du diagnostic ponctuel à l’intelligence environnementale. Chaque mesure devient une donnée géolocalisée, horodatée et interprétable, capable d’alimenter un tableau de bord municipal, un système d’alerte sanitaire ou un processus de priorisation des investissements.

7. Initiative opérationnelle : le projet de surveillance de Radenamias LLC

Pour opérationnaliser cette vision, Radenamias LLC propose le concept d’une « Alerte rouge sur l’état de l’eau ». L’expression renvoie à un réseau de surveillance vivant, capable de faire rapidement circuler des données critiques sur la qualité et la disponibilité de l’eau, à la manière d’un système circulatoire qui signale l’état de santé d’un organisme. L’objectif n’est pas seulement technologique : il s’agit de connecter communautés, techniciens, autorités locales, laboratoires et décideurs autour d’une information fiable et exploitable.

Une phase pilote pourrait s’articuler autour de quelques municipalités représentatives au Bénin et au Togo, combinant un inventaire des points d’eau, une campagne de mesures initiale, la formation d’agents locaux, la mise en place d’un tableau de bord et un protocole de confirmation en laboratoire. Les résultats permettraient d’identifier les points critiques, de documenter les risques récurrents et de démontrer la valeur ajoutée d’un système de surveillance avant un passage à l’échelle.

8. Conclusion

En Afrique de l’Ouest, l’eau est à la fois une ressource vitale, un vecteur de développement et un miroir des pressions anthropiques. Le Bénin et le Togo illustrent l’urgence d’une transition : la sécurité sanitaire ne peut plus reposer uniquement sur l’extension des infrastructures ou sur des analyses ponctuelles. Elle exige une surveillance sanitaire agile, préventive et territorialisée, capable de relier les signaux de terrain aux décisions publiques.

La combinaison des Plans de sécurité sanitaire de l’eau, des kits de diagnostic rapide, des laboratoires de confirmation, des outils SIG et des mécanismes d’alerte communautaire offre une trajectoire réaliste pour réduire les risques. L’avenir d’une gestion durable de l’eau dans le golfe de Guinée réside dans cette capacité à comprendre, surveiller et gouverner la ressource par les données, tout en plaçant la santé des populations et des écosystèmes au cœur de la décision.

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